Michel Rolland et Robert Parker

Publié le par Jean-Noël Hervé

Critiquer à tout va, c’est être intelligent ? Je n’en suis pas convaincu.

Etre honnête, c’est important ? Oui, je le pense sincèrement.

 

Michel Rolland & Jean-Noël Hervé


Lorsque le millésime 1982 est né, nous sommes entrés dans une nouvelle Ere, notamment côté rive droite à Bordeaux.
La hiérarchie des Crus était alors figée. Le classement de 1855 était tel qu’à l’origine, les prix des vins absolument proportionnels à celui-ci.
Dans le bas de l’échelle, force était de constater que la qualité proposée s’alignait sur les possibilités commerciales. Un bon vigneron gérait à l’économie son vignoble, les Négociants achetaient puis revendaient ses vins au niveau définitivement admis et immuable pour son appellation.

Michel et Dany ROLLAND, œnologues diplômés et nouvellement gérants du laboratoire d’analyses et de conseils Jean Chevrier à Libourne ont commencé à tenir d’autres discours.

NON : la qualité d’un vin n’est pas une fatalité,

NON : l’appellation dans laquelle il est produit ne le condamne pas forcément à une position hiérarchique définitive.

OUI : il est possible en travaillant différemment dans le vignoble, en se remettant en cause, en investissant dans des équipements mais surtout dans des hommes, de changer la situation économique de son Cru.

Ils vont en faire la démonstration : Château Le Bon Pasteur 1982.

Lorsque ce vin de leur propriété familiale est présenté, c’est la révolution!

Robert PARKER, alors inconnu, lance l’information : le millésime 1982 est exceptionnel, Le Bon Pasteur : magnifique !

Un château modestement connu vient de produire un chef d’œuvre !

Le négoce traditionnel crie au blasphème : que va penser le commerce mondial si un simple Pomerol dépasse en qualité des Crus Classés ancestraux ? Comment le prix d’un vin s’adapterait non plus à une hiérarchie commerciale mais à sa qualité intrinsèque ?

Pourtant, l’information circule mieux et plus vite que par le passé et le public en prend connaissance rapidement. C’est un succès !

La suite, nous la connaissons, mais il faut comprendre les bienfaits d’une telle histoire pour la viticulture :

Le vigneron n’est plus désarmé face à la valeur à donner à son vin.

Les clients sont prêts à mettre beaucoup plus à la condition d’en avoir pour leur argent.

Cela change tout ; les plus réactifs se lancent immédiatement dans le renouvellement du matériel, des bâtiments, embauchent des techniciens, des œnologues, des ingénieurs agronomes et peaufinent leur vignoble !

Rien ne devient trop cher pour produire la quintessence, c’est le renouveau de l’ensemble de Bordeaux qui est enclenché.

L’économie locale bat son plein, artisans et équipementiers sont débordés, les salaires des employés augmentés, des cadres embauchés.

Le consommateur a du plaisir à déguster ces nouvelles merveilles, il est heureux et se passionne.

Bien entendu le cours de ces vins grimpe, mais le rapport qualité exceptionnelle/ prix reste excellent. Bordeaux devient exemplaire, nous exportons désormais non seulement les vins mais aussi le savoir faire et les hommes dans le monde entier.

L’envie de toujours mieux faire est devenu la règle, certains font même des prouesses élitistes avec les vins de garage (ce que la Formule 1 est à l’automobile : une source de progrès techniques), la viticulture est désormais ambitieuse et fière.

La crise dans laquelle nous sommes aujourd’hui n’est en aucune façon due à ces phénomènes, malheureusement elle met fin à une aventure audacieuse, faute de clientèle suffisante pour acheter toute une production de haut niveau désormais mondiale.

Le premier perdant est le vigneron qui a tout investi dans son outil de travail (y compris sa vie parfois !).

Mais le vrai perdant définitif, ce sera l’amateur de grands vins.

Il pourra certes continuer à acquérir si il en a les moyens les très grands qui sont désormais des produits de grand luxe et plus du tout des produits de consommation.

Il ne pourra plus trouver aussi facilement des beaux vins car les vignerons qui les produisaient ne s’en sortiront plus, ils vont laisser la place à des gestionnaires qui eux vont savoir gagner de l’argent ! Sauront-ils nous faire rêver avec leur vin, moins chers certes, mais….?

Ma conclusion va vous surprendre et particulièrement ceux qui ont visionné le film Mondovino.

Ce sont des individus tels Michel Rolland et Robert Parker qui sont les honnêtes hommes, ils ont encouragé les vaillants et les intelligents, parfois les riches, à faire mieux que ce que les habitudes et les situations privilégiées permettaient aux autres. Ces derniers, nostalgiques du bon temps où ils vivaient de leurs rentes sans efforts, jettent leur hargne sur ces «nouveaux venus» dans le monde du vin et qui sont pour eux les responsables tout trouvés de la crise vinicole.

Eux ne font que des vins de terroirs, des vins naturels, sans rien forcer, comme autrefois ! Voilà pourquoi je les pense malhonnêtes : les vins anciens dans la moyenne (si ce n’est dans leur majorité) étaient défectueux, la reconnaissance aisée des terroirs ou appellations étaient en fait due aux gros défauts, aux erreurs de date de vendanges, aux surproductions certaines années, au peu de soins dans les vinifications et l’élevage, à toutes ces opérations vitales qui étaient plus ou moins bâclées à cause du manque de moyens mis à disposition!

Je tiens donc à exprimer ma reconnaissance éternelle à Michel ROLLAND et aussi à Robert PARKER d’avoir su nous faire relever le défi de la qualité extrême, de nous avoir donné les conseils et les encouragements à relever la tête et à ne pas s’ «auto-excuser» de nos défauts par certaines caractéristiques de nos terroirs ou par la fatalité qui en seraient les responsables !

Robert PARKER est un avocat, et il a toujours été celui des intérêts du consommateur car il a toujours considéré la qualité d’un vin par rapport à son prix, en donnant moins d’importance à son classement officiel, à son appellation ou même à son pays.

Cette clarté dans sa notation a rendu compréhensible à tout un chacun la production viticole mondiale, pas étonnant donc qu’il soit si écouté par les amateurs ;…. il est leur bienfaiteur !

Publié dans Divers

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